Ces dernières années, les médias ont largement communiqué sur la prise en charge psychique des personnes ayant vécu des événements exceptionnels et susceptibles de déclencher un psycho-trauma. Un attentat, un accident de la route, une agression, un braquage, une prise d’otage, un incendie, ces événements font irruption brutalement dans la vie d’une personne et peuvent, par leur intensité et leur soudaineté, profondément bouleverser leur trajectoire.



Quand parler d’un psycho-traumatisme ?

S’il est vrai que certains événements favorisent la survenue d’un traumatisme psychique, il n’existe pas à proprement parlé d’événements traumatiques. Un traumatisme est produit par la rencontre entre un événement et une personne. C’est pourquoi certains préfèrent parler d’événements traumatogènes, c’est-à-dire potentiellement traumatiques.



Un peu d’histoire

La névrose traumatique a commencé à être théorisée à la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle. Elle a été particulièrement étudiée par Oppenheim, qui développe la notion d’effroi, mais aussi par Freud avec la théorisation de cette névrose à partir de l’observation des conséquences psychiques des accidents de chemin de fer puis avec les traumatismes de guerre. A la même époque, Janet postule que les expériences traumatiques ne parviennent à s’inscrire dans le psychisme du fait de leur intensité et, restées inassimilables, font retour dans la vie du sujet sous forme de troubles.

 Aujourd’hui, on entend davantage parler de syndrome psychotraumatique, d’Etat de stress post-traumatique (ESPT) ou PTSD en anglais (Post traumatic stress disorder).  Mais au-delà de ces différentes appellations, de quoi s’agit-il et qu’est-ce qu’un traumatisme psychique ?



Ce qui fait trauma

Le trauma correspond à une effraction soudaine et brutale du réel de la  mort dans l’appareil psychique. La mort étant irreprésentable, le sujet se heurte à un néant. Louis Crocq, fondateur des Cellules d’urgence médico-psychologiques en France, le résume en ces termes : « Le réel traumatique est ce qui est impossible à dire ou à représenter, et fait « trou » dans le signifiant. » (2012) Cette effraction entraîne une profonde désorganisation psychique qui vient modifier le rapport au monde de l’individu.



Les manifestations d’un traumatisme

Suite à l’événement initiateur du trauma, certains symptômes peuvent apparaître. Ils peuvent voir le jour rapidement après l’événement mais peuvent également éclore très à distance, parfois des années après, rendant difficilement percevable le lien entre l’événement déclencheur et les troubles qui en sont issus. Ces symptômes peuvent prendre différentes formes telles que des cauchemars répétitifs, une humeur triste, des flash-back ou réminiscences, une anxiété massive, des conduites d’évitement ou phobiques (de lieux, de situations, etc.), une asthénie (physique, psychique, sexuelle), des troubles de l’attention, de la concentration, une irritabilité, des conduites d’auto ou d’hétéro-agressivité, des troubles des conduites alimentaires, des conduites addictives (alcool, médicaments, drogues), etc.


Chez l’enfant, le psychotraumatisme peut se manifester par des jeux répétitifs, un blocage scolaire, des plaintes somatiques, une anxiété de séparation, des conduites régressives.



Par ailleurs, il n’est pas rare qu’un événement traumatique vienne réveiller un traumatisme plus ancien, en sommeil et qui donc ne produisait pas de troubles jusqu’alors. Cette nouvelle expérience traumatique peut alors réactiver l’effraction psychique liée au premier événement, avec toutes les conséquences exposées précédemment.



Une prise en charge nécessaire  

Si elles ne sont pas traitées, ces manifestations peuvent progressivement envahir la vie de la personne qui en souffre, jusqu’à mettre en péril sa vie professionnelle et affective. Rencontrer un psychothérapeute ou un psychanalyste permet un apaisement de ces troubles, conduisant progressivement à les voir diminuer, voire disparaître. Au cours de la psychothérapie, l’événement traumatique peut progressivement s’inscrire dans l’histoire singulière de la personne et progressivement, ne plus faire obstacle à la construction de son existence.



CROCQ L., 2012. 16 leçons sur le trauma, Paris. Odile Jacob



Chloé Blachère

Psychologue clinicienne et psychothérapeute à Paris 18e et Paris 9e