Quand manque de confiance en soi rime avec manque d’initiative


« Je manque de confiance en moi », « je ne me fais pas du tout confiance », « je ne m’accorde aucun crédit »… Le sentiment de manquer de confiance en soi est régulièrement mis en avant par des personnes qui souhaitent débuter une psychothérapie. Derrière lui se trouve généralement une difficulté à prendre des décisions, à faire des choix dont les conséquences se ressentiront dans le quotidien de leur vie. Il peut s’agir de choix relevant de la vie professionnelle (type de poste occupé, évolution de carrière, possibilité d’un départ à l’étranger, implication, etc.). Cela peut également concerner la vie personnelle et affective (engagement avec un partenaire, construction d’une famille, etc.).


On trouve souvent, parmi ces personnes, un grand nombre d’entre elles pour qui s’engager dans des activités ou des relations qui échappent à un sentiment de maîtrise génère de l’appréhension. La conséquence immédiate en est une réticence au changement, à l’évolution, enfin à toute situation nouvelle qui ne serait pas déjà sous contrôle. Cette appréhension est généralement liée à la crainte du regard des autres, qui deviennent le support d’un regard sévère et réprobateur. Ces autres, qu’incarnent idéalement les parents ou frères et sœurs, peuvent prendre corps chez n’importe quel interlocuteur, jusqu’à des personnes inconnues (le passant croisé dans la rue, la caissière du supermarché). La question nodale pourra être résumée ainsi : « que va-t-il/elle penser de moi ? »


La possibilité d’une réponse négative à cette interrogation a pour effet une inhibition de grands nombre de désirs et d’initiatives.


Ce détour par l’autre permet de mettre à distance le regard sévère qu’une personne se porte le plus souvent à elle-même. En effet, bien loin de ce qu’en pense l’entourage, c’est généralement la personne elle-même qui porte à son égard un regard intransigeant et rabaissant. Si cette habitude est à la source d’une souffrance importante, elle permet néanmoins que puisse être maintenu un certain rapport au monde, depuis une position qui garde bien de toute initiative et des responsabilités qui y sont rattachées.


Le scénario catastrophe en étendard

Par ailleurs, cette difficulté à se faire confiance va fréquemment de paire avec une tendance à envisager toujours les issues les plus catastrophiques. Chaque situation nouvelle, inconnue, à commencer par celles qui sont le plus désirables, entraîne d’une manière qui semble irrémédiable une facilité à construire des conséquences tragiques (un accident, la mort d’un proche, sa propre déchéance). Ces scénarios imaginaires nourrissent la tendance à ne pas prendre de risque, à ne rien changer, à ne pas évoluer, enfermant progressivement celui qui en est l’auteur dans une forme de déterminisme.


Ne pas céder sur son désir implique de supporter une certaine incertitude. Si ce rapport au monde produit dans le temps un certain contentement, il implique également et d’abord de supporter le manque induit par le renoncement à une satisfaction immédiate. C’est le cas par exemple d’une personne qui cherche à maigrir et qui, par ses efforts à ne pas répondre à ses impulsions de se remplir en mangeant à tout va, fait l’expérience satisfaisante que ses efforts lui ont permis de perdre le poids souhaité.


Le manque de confiance n’est pas une fin en soi. La psychothérapie ou la psychanalyse peuvent contribuer à dénouer les éléments ayant participé à une telle construction.