Entre regard social et regard individuel, quel décalage possible ?

Le passage à la retraite est connu pour être un moment particulièrement déterminant dans la vie d’un être.
Alors qu’il peut être socialement perçu comme un événement positif et simplificateur du quotidien, la réalité psychique avec lequel il est vécu par celui qui en fait l’expérience peut être toute autre. En effet ce passage peut générer un certain nombre d’angoisses dont la personne concernée peut être la première surprise. A cela s’ajoute la difficulté d’en parler à son entourage, en raison du sentiment d’illégitimité et de la culpabilité que cela produit.


Si culpabilité et sentiment d’illégitimité il y a, le malaise et l’angoisse éprouvés sont eux aussi bien réels et méritent d’être entendus avec sérieux. Car cette transition de vie, souvent idéalisée durant des années, dans un double discours individuel et social, annonce également la fin des activités et interactions professionnelles. Et ces dernières, si elles pouvaient entraîner leur lot de complications, de conflits, de tensions et de fatigue, participaient malgré tout à déterminer pour l’être sa fonction spécifique, intervenant à la fois dans son assise personnelle et dans son rapport à l’altérité.


L’émergence ou l’amplification d’un conflit entre idéal et réalité

D’un point de vue psychique, le changement économique que ce désinvestissement produit constitue une première étape de ce changement.
A cela s’ajoute la question de la concrétisation de projets auquel le caractère nouveau de faisabilité donne une autre tournure. En effet, une chose est d’avoir des aspirations, des projets, des rêves, des idéaux, une autre est de les articuler avec le quotidien et les éléments de réalité auxquels ceux-ci doivent venir se nouer. Cette rencontre entre la réalité et la manière dont elle avait été imaginée peut être la source, à l’inverse d’une énergie décuplée, d’un état de fatigue qui se chronicise, d’un sentiment de tourner en rond, d’être désœuvré, de se décevoir et finalement, de ne plus identifier sa propre valeur et le sens de son existence.


Pour certains il peut y avoir la famille, les petits enfants par exemple, qui font fonction d’occupation mais dans le temps, bien souvent, cela ne s’avère pas suffisamment en adéquation avec des aspirations intimes qui pourraient permettre de réponde au désir d’une vie riche, singulière et sincère.


Commencer une psychothérapie ou une psychanalyse au moment de cette transition peut être l’occasion d’une véritable rencontre avec soi-même, bien loin des enjeux qui pourraient occuper une personne plus jeune.


Chloé Blachère

Psychothérapeute à Paris 18è