Le divorce est devenu un acte courant voire banal. Si les bénéfices d’un tel acte sont établis, notamment dans des situations où l’intégrité psychique et corporelle de l’un ou l’autre des protagonistes est en jeu, les conséquences qu’ils peuvent entraîner sur les enfants du couple sont régulièrement minimisées. Ici, mon propos ne vise donc pas l’acte que constitue le divorce, mais bien l’effet psychique dont de nombreux êtres aujourd’hui devenus adultes témoignent.


Quelles conséquences chez les enfants ?

En effet, parfois des décennies après, certaines personnes expriment la détresse dans laquelle ils se sont trouvés lors du divorce de leurs parents et dans les années qui ont suivi. Ce déchirement, vécu dans la solitude de l’enfance, apparait pour certains comme une profonde injustice, un déchirement venant fragiliser les appuis représentés par ces adultes et indispensables à l’enfant pour pouvoir grandir et se construire.
Un homme témoigne par exemple de ce sentiment d’injustice éprouvé dans l’enfance, qu’il décrit comme double puisque, d’une part, il n’avait pas d’autre choix que d’accepter la séparation et la garde alternée, bien qu’il en souffre, et que, d’autre part, les adultes autour de lui – à commencer par ses parents – attendaient de lui qu’il aille bien et, qu’étant donné que cela n’était pas le cas, il était « envoyé chez le psy ». Double injustice donc, du fait d’une décision d’adulte prise entre adultes mais dont il avait à supporter les conséquences, et du fait de ce qu’il percevait comme étant une injonction à aller bien, comme une manière de la part des adultes de lui retirer toute légitimité à éprouver une telle souffrance.
Une autre personne témoigne du profond sentiment de solitude ressenti au moment de la séparation de ses parents et de la division insupportable éprouvée et répétée à sa suite, ainsi que de l’incidence que cet événement a encore aujourd’hui dans sa manière de se positionner dans ses relations affectives.


Une décision difficile à prendre

Ces expériences dont ces enfants devenus adultes acceptent de nous partager quelques mots ne peuvent qu’inviter les nouvelles générations à réfléchir à deux fois à de telles décisions, non pas en raison de considérations morales ou normatives, mais bien, au contraire, en portant leur attention sur les conséquences psychiques difficilement mesurables dans l’immédiat chez les mineurs dont les adultes sont ensemble responsables. S’il est aujourd’hui bien connu que la santé psychique des parents a une incidence – facilitante ou ralentissante – sur celle de leurs enfants, les tenants et aboutissants sont donc bien à peser avant de prendre une décision qui nécessairement les impliquent.
Rencontrer un psychothérapeute ou un psychanalyste, prendre le temps de ce retour sur soi lorsque le couple est en souffrance, peut permettre de construire une position plus éclairée et murie. L’enjeu étant de trouver un positionnement face à son conjoint ou sa conjointe qui assure le respect de soi-même tout en ne quittant pas la position de responsabilité à l’égard de ces êtres en devenir, c’est-à-dire la position qu’occupe un parent à l’égard de son enfant.


Paris 18è, le 11 janvier 2021
Chloé Blachère