Depuis maintenant plusieurs années, il se développe une tendance à la systématisation du remboursement des séances chez le « psy » (psychologue, psychothérapeute, psychanalyste). Cette offre, si elle comporte des avantages, fait entrer le champ clinique de la psychothérapie ou de la psychanalyse dans celui du service, pouvant être consommé au gré de son bénéficiaire.


Vers une évolution des soins psychiques?

Cette proposition, d’abord mise en place dans le secteur privé, tend à être reprise dans le secteur privé. En effet, certaines initiatives ont vu le jour, telle que l’expérimentation pilote qui a été menée entre 2018 et 2020 et visant un remboursement d’un certain nombre de consultations chez le psychologue, cette fois directement par la caisse d’assurance maladie [1] . Cette initiative visait notamment à apporter une réponse alternative à la consommation de somnifères et d’antidépresseurs des français, connue de longue date mais qui continue d’augmenter.
Cette expérimentation a révélé plusieurs points. Tout d’abord la nécessité de repenser l’offre de soin puisque les chiffres sont là pour indiquer que la souffrance psychique est présente et préoccupante, tant pour l’être qui l’éprouve que pour le groupe social auquel il appartient. Mais aussi qu’un tel dispositif se révèle bien trop onéreux pour le service public et n’est donc pas applicable sur le long terme – le dispositif tel qu’il avait été pensé au début de l’expérimentation n’a même pas pu être maintenu sur les trois ans que durait l’expérimentation et des critères d’inclusion et d’exclusion ont été ajoutés au cours de l’étude. Enfin un autre point semble déterminant et concerne cette fois les professionnels. Il apparait que les honoraires pratiqués par bon nombre d’entre eux ne puissent être assumés que par une certaine partie de la population et laisse dès lors un certain nombre de personnes sur le bord de la route, pourtant désireuse de consulter un clinicien mais n’en ayant pas les moyens financièrement. Les récentes annonces du président de la République concernant la prise en charge de séances « psy » pour les étudiants vont dans le même sens.


Payer moins mais s’engager plus vis-à-vis de soi-même

Ce constat n’est pas récent puisque c’est le même qui avait conduit, en 1991, à la création de la Consultation Publique de Psychanalyse [2]. Le principe de cette consultation est que chacun règle selon ses possibilités financières et la valeur qu’il accorde à sa parole. Ainsi sont ajustés le désir d’aller mieux et le réel de sa situation économique. Dès lors, toute personne en souffrance se trouve en mesure de rencontrer un clinicien – psychothérapeute ou psychanalyste – sans être déterminé, de facto, par l’argent dont il dispose. En revanche, c’est lui qui règle ses séances, sans compter sur la sécurité sociale, sa mutuelle ou son entreprise, autrement dit sur l’argent de l’autre. Cette engagement participe d’emblée à la position responsable que chaque être est invité à construire vis-à-vis de lui-même.
Parallèlement et dans cette perspective, le clinicien accepte de percevoir des honoraires moins importants que si la mutuelle ou le travail avaient été sollicités. En revanche, cet effort clinique le place d’emblée du côté du désir de l’être qui vient le rencontrer et non du côté de son symptôme. Cette technique vise donc à faire grandir chacun, en partant de la situation qu’est la sienne.
Si cette technique est comprise par le plus grand nombre de patients et de psychanalysants, dont certains saluent le fonctionnement pour en avoir connu d’autres – excluants –, certaines personnes restent fermement attachées à ne rien perdre et à ne pas assumer le prix des séances qu’ils sollicitent. La colère qu’un tel dispositif peut donc parfois réveiller est bienvenue en séance. Elle constitue un matériau précieux de ressentiments souvent plus anciens. Cette colère devient dès lors une possibilité précieuse d’acquérir un savoir sur soi-même et de construire une existence qui puisse être sincère, satisfaisante, digne et responsable.


Paris, le 26 janvier 2021
Chloé Blachère


[1]http://www.psychologues-psychologie.net/attachments/article/506/AssuranceMaladie-Guide-pour-psycho-Remboursement-actes.pdf

[2]https://www.rphweb.fr/details-qu+est-ce+que+la+consultation+publique+de+psychanalyse+paris+75+et+region+parisienne-9.html