Le 19 février dernier, Le Monde publiait un article intitulé « Noir, femme, gay ou musulman… De plus en plus de patients veulent un psy qui leur ressemble » [1]. Plus largement, les communications portant sur les psy dits « safe » – ou encore « situés » se multiplient. Que penser d’une telle tendance ?
En premier lieu, il apparait important d’entendre le témoignage que certains patients ou psychanalysants font de leur propre expérience. Certaines phrases ou remarques rapportées laissent percevoir un problème du côté du professionnel qui les a reçus, ou tout du moins une grande disparité dans la formation des cliniciens puis dans leurs pratiques. Certains clichés, préjugés ou partis pris, qui ne devraient pas avoir leur place dans un cabinet de psychothérapie ou de psychanalyse, y trouvent pourtant cité, qui plus est dans la bouche du clinicien.


Construire sa subjectivité

Par ailleurs, cette tendance révèle l’importance qui est attribuée actuellement à la ressemblance. Elle peut indiquer, de la part de celui qui vient consulter, une recherche à être compris d’emblée, comme une tentation de se passer de mots pour dire, dire sa singularité, dire sa différence, dire son expérience. Elle comporte, en ombre, un risque de communautarisation qui dépasse le simple cadre du cabinet de consultation puisque l’un des effets de la psychothérapie et de la psychanalyse est de parvenir à vivre ensemble dans le respect de sa propre singularité et de celle des autres.


Ainsi, tout clinicien bien formé et qui continue sa propre expérience du divan tant qu’il reçoit des patients et des psychanalysants devrait être en mesure de préserver ces derniers de propos moralisateurs ou jugeants. Il laisse ainsi, par son écoute attentive, la place au discours de chacun de se déployer. Il se dessine alors que chaque être, au travers de son expérience singulière, peut finalement témoigner d’une difficulté à vivre ensemble dans la différence, qu’elle relève du sexuel, du religieux, de la couleur de la peau, de particularités physiques ou psychiques.


[1] https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2021/02/19/noir-femme-gay-musulman-de-plus-en-plus-de-patients-en-quete-d-un-psy-qui-leur-ressemble_6070579_4497916.html


Chloé Blachère, psychothérapeute à Paris 18è