Depuis le début de la crise sanitaire, l’une des mesures régulièrement rappelée et mise en avant comme étant indispensable à la limitation de la circulation du virus est la distanciation sociale.

Si cette mesure a pu être exigeante pour certains – et peut d’ailleurs l’être toujours -, elle signifiait pour une partie de la population la mise en suspens drastique, voire totale de tout contact physique, à commencer par les contacts sociaux du quotidien : la poignée de mains, l’accolade, l’embrassade, etc. jusqu’aux rapports plus intimes, dont les rapports sexuels. En effet, sans partenaire régulier, la prise de risque d’être infecté ou d’infecter a entraîné, pour ces personnes, un renoncement à de nouvelles rencontres.



La durée avec laquelle cette situation s’est prolongée a rendu particulièrement difficile l’acceptation de cette privation de rapports corporels. Mais certains ont pu faire part de leur ambivalence à ce sujet, et témoigner du soulagement que cela pouvait aussi produire intérieurement. En effet, ce virus constituait un élément venu de l’extérieur donc non choisi et contre lequel personne ne pouvait rien. Les règles mises en place pour y faire face collectivement ne laissaient d’autres possibilités à qui avait choisi de les respecter stricto sensu que de renoncer à ces rencontres fortuites ou éphémères. Ainsi pour ceux pour lesquels ces rencontres pouvaient être anxiogènes, cela signifiait la fin d’un conflit interne, au moins pour un temps.

Il n’est donc par surprenant que pour ces mêmes personnes, la fin des mesures sanitaires coïncide avec l’augmentation de certaines angoisses dont l’élément central est la rencontre avec l’autre. Cet autre peut être matérialisé par des amis ou des personnes rencontrées dans un cadre social. Dans ce contexte, la réouverture imminente des bars et des restaurants rend cette préoccupation particulièrement actuelle. Il peut également s’agir de rencontres sexuelles, dont le caractère angoissant avait été gelé durant cette longue période.



La prise de conscience de ces angoisses peut être l’occasion d’entreprendre une psychothérapie ou une psychanalyse. En effet, les racines en sont bien souvent anciennes et tenues méconnues de la conscience. Le chemin des libres associations de pensées peut permettre d’en remonter le fil, jusqu’à dénouer ce qui a occasionné le ou les symptômes.


Chloé Blachère

Psychothérapeute à Paris 18è