Des chiffres récents indiquent une stagnation concernant les arrêts du tabac, voire une légère augmentation de la consommation chez les personnes les plus vulnérables. Une première corrélation a été établie avec la crise sanitaire et les conséquences qu’elle a entraîné, tant dans la sphère personnelle que dans l’univers professionnel. Le tabagisme arrive là comme un palliatif à un manque, exacerbé par la situation sanitaire.


Tabagisme : maladie chronique ou conséquence d’un conflit psychique ?

Certains tabacologues parlent du tabagisme comme d’une maladie chronique. Rappelons que la définition de maladie proposée par le cnrtl est la suivante :


« [Chez l’homme] Altération de l’état de santé se manifestant par un ensemble de signes et de symptômes perceptibles directement ou non, correspondant à des troubles généraux ou localisés, fonctionnels ou lésionnels, dus à des causes internes ou externes et comportant une évolution. »

A n’envisager le tabagisme que comme une maladie chronique, la dérive pourrait être de n’attribuer ce comportement qu’à une cause extérieure dont l’individu concerné ne serait que la victime. Cette position comporte le risque d’une déresponsabilisation de l’être, pour qui le soin apporté à lui-même et à son corps serait l’affaire des autres (personnes ou institutions), et dont le coup devrait de ce fait être nul pour lui-même.


Par ailleurs, il est souvent mis en avant la gratuité des prises en charge spécialisées dans l’arrêt du tabac. Si le bien-fondé de telles propositions n’est pas à remettre en cause, l’écart pouvant être observé entre le coup des cigarettes et la gratuité des soins peut, lui, être interrogé. Pour quelle raison un être peut-il dépenser tant d’argent à la destruction de son organisme et ne pas vouloir investir dans sa santé ? Pourquoi chercher à tout prix à n’engager aucune dépense qui puisse aller dans le soin de soi-même ?


Arrêter de fumer, combien ça coûte ?

La proposition de réaliser une psychothérapie ou une psychanalyse en fonction de ses possibilités financières et de la valeur donnée à sa parole est une réponse clinique à ce mouvement contradictoire . Cet ajustement du clinicien au réel du patient ou psychanalysant vise à ce que le soin psychique ne soit pas déterminé par la seule possibilité financière d’une personne. Dans cette perspective, c’est le désir de cette personne à construire un autre rapport avec elle-même qui prime, et non plus la manière jusque-là connue d’œuvrer contre elle-même. Dans ce sens, la personne marque financièrement son engagement vis-à-vis de son désir au travers d’une somme adaptée à ses possibilités financières.


L’ensemble de cette construction s’opère dans le cabinet de psychothérapie et de psychanalyse, avec le concours du clinicien. Par le biais de l’association libre des pensées, ce travail peut conduire à des pensées inexplorées et qui, à première vue, peuvent sembler inquiétantes et sans lien avec la question du tabagisme. La logique inconsciente est pourtant bien différente de la logique consciente et c’est la traversée complète de cette expérience psychothérapeutique ou psychanalytique qui permet de régler la haine sous-jacente à l’œuvre dans le tabagisme, sans plus de nécessité de la diriger contre soi au moyen de tels comportements nocifs.



Chloé Blachère

Psychothérapeute à Paris 18è