La voix peut être considérée comme un terrain d’expression du rapport subjectif qu’un être entretient avec lui-même. Si pour certains, elle n’est l’objet d’aucune préoccupation ni même d’une quelconque attention, elle peut être, pour d’autres, un lieu au sein duquel vient se cristalliser une difficulté à se sentir en accord avec soi-même.


Une déclinaison des perturbations vocales

Si l’attention pouvant être portée à sa propre voix peut être occasionnée par un trouble caractérisé, celle-ci peut tout aussi bien naître sans qu’aucune altération vocale objectivement perceptible puisse être identifiée. Il s’agit bien là de l’oreille qu’une personne prête à sa propre voix, avec toutes les projections, fantasmes, idéaux, identifications, etc. qui viennent, consciemment et inconsciemment, la modeler.
Dans le cas d’un trouble vocal, celui-ci peut être passager ou chronique. Parmi les dysfonctionnements temporaires, les plus courants sont l’aphonie ou encore la dysphonie spasmodique. Certaines altérations de la voix peuvent être passagères pour certains et se chroniciser pour d’autres. Ce peut être le cas avec la voix éraillée, aspirée, chuchotée, haut perchée, etc. autant de colorations vocales pouvant être mises en lien avec les émotions éprouvées par une personne.

Parmi les troubles vocaux qui s’inscrivent dans la durée, on compte par exemple la mue faussée. Il s’agit là d’une voix qui n’a pas mué au moment de la puberté alors que le bilan médical ne révèle pas d’anomalie anatomo-physiologique. La mue faussée peut concerner à la fois les hommes et les femmes. Dans le cas d’une altération chronique, la voix reste troublée quel que soit le contexte et ne disparaît généralement pas d’elle-même. Certaines lectures de ces troubles privilégient une origine mécanique, dans laquelle des difficultés psychiques viennent s’engouffrer. D’autres lectures vont davantage dans le sens d’un conflit psychique venant occasionner un dysfonctionnement corporel et plus précisément vocal.


Le nouage du corps et du psychisme

Dans un cas comme dans l’autre, la rencontre avec un psychothérapeute ou un psychanalyste peut être l’occasion d’explorer l’articulation singulière qu’un être construit entre les dimensions vocale et verbale de la voix, entre le corporel et le psychisme. La voix, en tant que carrefour entre l’interne et l’externe, entre soi et l’autre, constitue un lieu singulier ou l’être s’entend et donne à entendre de sa subjectivité.

Contrôlée ou au contraire débordée par la pulsion, la voix devient pour certains le lieu où viennent se loger angoisses, souffrances ou incompréhensions. Jacques Lacan a d’ailleurs qualifié, dans Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, la pulsion invocante d’expérience la plus proche de l’inconscient.


Chloé Blachère
Psychothérapeute à Paris 18è