Qu’est-ce que le transfert ?

L’étymologie du terme transfert renvoie au transport. En psychanalyse, il désigne « le processus par lequel les désirs inconscients s’actualisent sur certains objets dans le cadre d’un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans le cadre de la relation analytique. » (1) Concrètement, il s’agit d’un processus au cours duquel des désirs inconscients et des sentiments ayant été éprouvés par un être dans son enfance à l’égard des personnes ayant pris soin de lui, sont actualisés et projetés sur une personne dans l’actuel. Ces premières figures sont le plus souvent les parents, en tout cas les personnes ayant accompagné l’enfant dans ses premières années.



Le transfert, dans et hors psychanalyse

Le transfert peut être à l’œuvre dans de nombreuses relations dans lesquelles une personne impute à une autre un savoir qu’elle n’a pas, comme c’est le cas avec un médecin par exemple. Freud le définit comme étant « L’influence qu’un homme peut exercer sur un autre » (2). Il n’est donc pas exclusif au dispositif psychanalytique. En revanche, c’est à la psychanalyse que revient son étude et, de manière consécutive à celle-ci, son utilisation au service du processus thérapeutique. Ainsi, le transfert s’avère essentiel dès le début d’une psychanalyse ou d’une psychothérapie avec psychanalyste, puis présent tout au long de son déroulement, jusqu’à la sortie de cure.


Comment fonctionne le transfert ?

Ainsi le transfert actualise, dans la répétition, des manifestations infantiles. Nous savons, depuis Freud, que « les processus animiques inconscients sont en soi « atemporels ». Cela signifie d’abord qu’ils ne sont pas ordonnés temporellement, que le temps ne modifie rien en eux et qu’on ne peut pas leur appliquer la représentation du temps. » (3)


La répétition se trouve donc au cœur-même de l’expérience transférentielle. C’est à mesure que des situations qui se répètent sont identifiées, indépendamment des contextes dans lesquelles elles se produisent, que le transfert peut être repéré. Ces répétitions peuvent prendre de nombreuses formes, plus ou moins symptomatiques, plus ou moins bruyantes. Citons par exemple les troubles obsessionnels compulsifs, les échecs amoureux à répétition, les addictions, les difficultés professionnelles, ou encore dans le rapport aux autres, des difficultés spécifiques dans le rapport à l’autorité, ou une angoisse de ne pas être aimé, d’être jugé, une impression d’être moins bien que son interlocuteur, quel qu’il soit, etc. Ces répétitions apparaissent dans le transfert comme ce qui n’a pu être élaboré, assimilé et donc intégré à l’histoire de vie d’un sujet. Elles peuvent être chargées d’émotions positives comme d’émotions négatives.


Ces éléments du passé non symbolisés et mis en scène dans le transfert trouvent finalement, au travers de cette expérience, une possibilité d’évoluer. Dans le cadre psychanalytique, ce processus, que Freud nomme névrose de transfert, est identifié par lui comme étant « le véritable objet d’étude de la psychanalyse, […] le résultat d’un conflit entre le moi et l’investissement d’objet libidinal. » (4) C’est la résolution de ce conflit qui va permettre de sortir du phénomène de répétition qui, par la souffrance qu’il génère, avait conduit une personne à rencontrer un psychothérapeute ou un psychanalyste.


(1) Laplanche, J. & Pontalis J.-B. (1967). Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, PUF, 2009.
(2) Freud, S. (1920). « Au-delà du principe de plaisir », in Œuvres complètes vol. XV, Paris, PUF, 2012, p.288.
(3) Ibid., p.299.
(4) Ibid.,p.325.


Chloé Blachère
Psychothérapeute à Paris 18è