Anorgasmie et plaisirs féminins aujourd’hui
La question du plaisir féminin traverse les siècles et les cultures et a souvent été l’objet de tabous.
Aujourd’hui encore, et même si le discours sociétal évolue, nombreuses sont les idéologies où ce plaisir est réprouvé, ignoré, maltraité. Nous voyons donc combien, à travers cette question, culture et société s’invitent dans la sphère de l’intime.
Même lorsque les évolutions sociétales tendent à limiter les contaminations idéologiques de ce qui devraient être reconnu comme légitime et relevant de l’intimité d’une femme, la question du plaisir sexuel et de l’orgasme féminin pose encore problème à nombre d’entre elles.
Sexualité féminine et appareil psychique
D’un point de vue métapsychologique, ces difficultés trouvent leur source dans le conflit qui s’exerce entre les différentes instances psychiques que sont le Surmoi, le Ça et le Moi, avec les organisations intramoïques que sont la résistance du Surmoi et l’Autre non barré. Il en résulte un blocage psychique qui peut s’exercer à différents moments d’un rapport sexuel ou au cours de la masturbation.
Peuvent entrer en jeu l’image du corps, des sentiments de honte et de culpabilité, trop souvent associés très tôt à la sexualité et qui, en dépit d’une compréhension rationnelle du bienfondé d’avoir une vie sexuelle épanouie, exercent une pression telle que tout processus de plaisir se trouve enrayé. La volonté de maîtrise se retrouve également fréquemment à l’œuvre, et la recherche d’un châtiment exercé sur soi-même peut lui aussi s’inviter.
Certains discours tendent à banaliser ces symptômes en normalisant l’absence d’orgasme, tout comme ils peuvent tendre à normaliser l’absence de libido après un certain âge ou la possibilité d’être asexuel et donc de n’éprouver aucun désir sexuel. Pourtant, constitutives de la pulsion de vie, les pulsions sexuelles sont, aux côtés des pulsions d’autoconservation, au fondement même de tout être qui vit et continue de vivre.
Anorgasmie et troubles sexuels : quel traitement ?
Dans la grande majorité des cas, les facteurs de l’anorgasmie, tous comme ceux de la frigidité, du vaginisme ou de la dyspareunie n’ont pas de fondements médicaux mais sont le résultat d’un conflit psychique qui opère à l’insu du sujet. De ce fait, la psychanalyse en permet le traitement.
Le traitement, lorsqu’il est adapté, indique par là même que ces expressions sont symptomatiques et donc qu’il n’est pas obligé que la souffrance qui y est associée soit définitive. Dès lors, la résistance au traitement peut également être appréhendée comme une indication de la jouissance associée à cette souffrance, dont une femme découvre qu’elle n’est pas toujours prête à se départir. Mais si elle le désire et qu’elle y consent, une nouvelle économie libidinale peut progressivement se construire au moyen de l’association libre des pensées en séance, de sorte que le plaisir puisse être associé à la sexualité.
Docteur Chloé Blachère
Psychothérapie et psychanalyse à Paris 18è
