D’un regard extérieur, il peut sembler énigmatique qu’une personne ne parvienne pas à se sortir d’une relation qu’elle peut pourtant considérer elle-même comme toxique. Il semble paradoxal de s’en rendre compte tout en continuant de se tenir exposé à ce qui est reconnu comme une toxicité.
De la culpabilité peut de surcroit être ressentie à se maintenir dans une telle relation. Une telle situation révèle par ailleurs qu’indépendamment du bon sens conscient qui conduit tout un chacun à penser faire des choix qui sont bons pour soi-même et s’éloigner de situations qui font souffrir, une autre logique est à l’œuvre. Cette logique, inconsciente, répond en effet à d’autres principes que ceux édictés par le Moi conscient et peuvent lui apparaître incompréhensibles.
Aussi, sans la mise en place d’une psychothérapie ou d’une psychanalyse, il est bien souvent très difficile de se sortir véritablement d’une relation toxique, c’est-à-dire d’en sortir sans la remplacer -par une autre relation, une personne, une activité ou une substance. Ce principe répond au même fonctionnement que toute forme de dépendance.
Le travail mené en psychothérapie et en psychanalyse permet de dénouer le sentiment d’emprise progressivement établi et de ne plus avoir recours à des justifications sans fin pour expliquer le maintien dans une relation toxique. Il permet de sortir de la banalisation des souffrances éprouvées au quotidien en se mettant à l’écoute, véritablement, de sa propre souffrance. Ce travail demande bien souvent du temps, un temps qui n’est pas celui de la logique intellectuelle mais qui répond à une logique inconsciente qui a conduit à accepter et même rechercher des situations de maltraitance dans sa vie amoureuse. Cette logique répond à une dévalorisation et une haine de soi qui trouve, dans un tel contexte, à être agi par un autre et répond à un besoin de punition et une volonté de vengeance.
Le maintien dans une telle situation, en dépit de prix à payer, permet aussi d’éviter de payer un autre prix, celui-ci symbolique, qu’est celui de prendre ses propres décisions et de ne plus s’en remettre à un autre en se maintenant dans une relation de dépendance.
Progressivement, les justifications au nom de l’amour, du destin, des enfants, de la fatalité ou de l’acceptation perdent de leur consistance pour finalement apparaître comme des excuses visant à repousser la rencontre avec soi-même, ses zones d’ombres, ses peurs et ses difficultés.
Aussi, le travail avec un clinicien – psychanalyste ou psychothérapeute formé à la psychanalyse – permet d’établir un cadre au sein duquel explorer, au moyen de l’association libre des pensées, les logiques inconscientes qui ont abouti à des situations aussi concrètes que celle de rester dans une relation toxique en dépit de la souffrance éprouvée. Ce travail permet de construire un rapport plus vrai avec soi-même et de rendre possible de faire des choix qui ne soient plus dictés par une culpabilité inconsciente, un besoin de punition ou de réparation ou par peur de la solitude mais parce que ces choix sont perçus comme bons pour soi-même. Ce travail a bien sûr un impact pour soi-même mais il profite bien souvent également aux personnes de son entourage : famille, amis, enfants, collègues, camarades.
Docteur Chloé Blachère
Psychothérapie et psychanalyse – Paris 18è
