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« Sensible » se dit de qui est capable de sentiments, de qui est apte à percevoir des impressions.
Tout être naît en étant sensible à son environnement dont il est d’abord dans un rapport de dépendance radical et qui va durer des années. Ce lien de dépendance est dû au fait qu’un être humain arrive au monde dépourvu de toute capacité de survie par lui-même. Par conséquent il ne lui est pas possible de vivre sans l’aide d’autrui.



Son rapport à son environnement va donc immédiatement être teinté de ce qu’il perçoit de celui-ci. Et sa sensibilité va venir se modeler en fonction de ce qui lui garantira les meilleures chances de survie puis de développement. Ce processus se met en place de manière consciente et inconsciente. Il perçoit en effet, de manière plus ou moins évidente, qu’il lui est indispensable de s’assurer que l’autre – pour la grande majorité il s’agira du Moi parental, mais il peut tout autant s’agir du Moi de toute personne en position d’autorité et de responsabilité vis-à-vis de lui – est et continue d’être disposé à s’occuper de lui jusqu’à ce qu’il soit devenu capable de s’occuper de lui-même seul. Ce rapport de dépendance vient nécessairement produire un effet durable sur la sensibilité et son développement.


La composition même du mot indique la dimension d’excès à l’œuvre dans l’hypersensibilité. Toutefois, l’hypothèse avec laquelle un travail de psychanalyse peut être initié consiste à penser que cette dimension exacerbée qui s’exerce dans l’hyperactivité ne constitue que la résultante d’une multitude de situations de souffrance qui y ont conduit. Ainsi, l’hypersensibilité agit en réponse à un contexte. Puis elle devient le lieu d’expression d’un positionnement au monde qui ne parvient pas, jusqu’alors, à se dire autrement, c’est-à-dire en ayant recours au symbolique et donc au langage. Et ce qui se présente d’abord comme une défense peut devenir une arme, qui ne se révèle pas forcément si simple à lâcher. C’est ce dont témoigne par exemple une psychanalysante lorsqu’elle découvre à ce titre qu’elle utilise ses larmes et son hypersensibilité comme des armes contre ses proches dès que quelque chose lui déplaît.


Ça n’est pas parce qu’un certain type de rapport au monde s’est construit durant l’enfance qu’il est nécessairement figé pour le reste de la vie. C’est un travail coûteux que de construire une voie alternative à l’expression de sa sensibilité mais c’est un travail possible. Il est rendu possible par la méthode d’association libre des pensées qui fonde le travail psychanalytique, c’est-à-dire le travail qui peut être mené en psychanalyse ou en psychothérapie avec psychanalyste.



Docteur Chloé Blachère

Psychothérapie et psychanalyse à Paris 18e