Lacan, dans son Propos sur la causalité psychique, écrit ce qui suit : « Ne devient pas fou qui veut. » (1)
Et en effet, dans bien des cas, cette pensée d’être fou ou de devenir fou naît sous forme d’impression qui voile mal le jugement qui est porté sur soi-même : dépréciation, peur du regard de l’autre, peur de ses propres pulsions et pensées, fantasmes, expression d’une haine de soi, etc. Cela ne veut pas pour autant dire qu’il s’agit d’un glissement vers la folie.
Et en effet, si la folie, dans son florilège d’expressions, conduit à une hospitalisation dans un service de psychiatrie, cette impression de devenir fou conduit rarement, loin s’en faut, à une hospitalisation. Et pour cause, il s’agit bien souvent d’une impression et non d’une réalité. Cette crainte, imaginaire, constitue une expression de la souffrance qui agite l’être chez qui naît puis est cultivé cette pensée.
Ces manifestations psychiques, d’abord voilées par le jugement, peuvent constituer une étape du traitement psychique que constitue une psychothérapie ou une psychanalyse. Elles peuvent, dans un premier temps, venir faire obstacle à la progression du traitement, agissant comme une défense psychique mise en place par le Moi visant à protéger les constructions fantasmatiques inconscientes à l’œuvre. Mais elles indiquent dans le même temps que le travail progresse.
Ainsi, mises au travail des associations libres de pensées, elles sont autant de portes qui s’ouvrent pour laisser émerger le matériel inconscient refoulé qui permettra au travail de continuer d’avancer. Lorsque le patient ou le psychanalysant se prête à cet exercice d’associations libres, il n’est pas rare que ce qui avait donné lieu dans un premier temps à l’angoisse, avec cette formulation « j’ai l’impression de devenir fou, ou folle », soit traversé. Il s’en suit alors un apaisement, qui coïncide avec le retour du refoulé qu’a permis ce travail d’associations libres. Ces moments constituent des temps précieux dans la progression du traitement psychique, qu’il s’agisse d’une psychothérapie ou d’une psychanalyse.
(1) Lacan, J. (1946). « Propos sur la causalité psychique », in Écrits, Paris, Éditions du Seuil, 1966, p. 176.
Docteur Chloé Blachère
Psychothérapie et psychanalyse à Paris 18è
