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Dans le Manuel clinique de psychanalyse, la « jouissance » est présentée comme un :


« terme introduit dans le champ psychanalytique par Lacan pour désigner ce qui est en jeu dans la compulsion de répétition, à partir de sa lecture de l’Au-delà du principe de plaisir de Freud (1). Le concept de jouissance diffère de celui de plaisir, celui-ci impliquant un désir castré. La jouissance est une servitude du Moi envers les organisations intramoïques et une tentative du Moi de se soustraire au manque, en transgressant les limites du principe de plaisir. » (2)


A travers cette définition, nous voyons se dessiner en quoi, lorsque le principe de plaisir est dépassé, l’excès qui en résulte signale la jouissance. Sa présence est audible à travers des formules telles que : « c’est plus fort que moi », ou encore « mais c’est trop bon » ou « c’est tellement bon », déniant la dimension de souffrance qui vient se mêler au plaisir dès lors que ses limites ne sont pas respectées. Ce franchissement peut s’entendre tant dans la vie amoureuse et/ou sexuelle que dans le travail, ou encore dans les différentes positions que tout un chacun occupe successivement dans sa vie : parent, fille ou fils, travailleur, ami, amant, etc.



La jouissance signale à la fois l’excès qui est à l’œuvre et la souffrance qui a conduit à cet excès. Le travail mené en psychothérapie et en psychanalyse vise notamment à démasquer la dimension de jouissance qui coexiste à la souffrance éprouvée, et à engager l’être à reconnaître sa part de responsabilité dans sa souffrance. Le recours au symbolique au moyen de l’association libre des pensées permet de substituer la parole au fait d’agir cette jouissance, puis de castrer symboliquement cette jouissance, c’est-à-dire de reconnaître et de faire avec le manque, inhérent à la condition humaine, sans plus chercher à le combler.



C’est en ce sens qu’il est possible de lire les propos du docteur de Amorim lorsqu’il écrit : « L’être n’a rien, le manque est son incapacité structurelle à bien dire. Le symbolique lui permet, comme une médecine, de dire, bien dire, danser le Réel. Quand l’être laisse tomber sa vie, c’est parce qu’il lâche le symbolique. » (3)


Une multitude de chemins peuvent être empruntés pour laisser libre cours à la jouissance : relations toxiques, addictions, ou encore maltraitance psychique ou corporelle. La compulsion à répéter des comportements auxquels est associée de la souffrance indique la jouissance à l’œuvre, dont il est possible de venir parler à un psychothérapeute ou un psychanalyste plutôt que de continuer à l’agir.



(1) Freud, S. (1920). « Au-delà du principe de plaisir », in Œuvres Complètes, Vol. XV, PUF, Paris, 1996, pp. 273-338.
(2) Amorim (de), F. (Dir.) Manuel clinique de psychanalyse, entrée « jouissance », Paris, RPH Editions, 2023, p. 255.
(3) Amorim (de), F. « La théorie de l’envie du pénis (Penisneid) », Brèves 2022, RPH Editions, Paris, à paraître.



Docteur Chloé Blachère

Psychothérapie et psychanalyse à Paris 18e