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Après une succession de ce qu’elle-même nomme des actes manqués, sont examinées en séance l’agressivité et la haine éprouvée par une mère à l’égard de son enfant en bas âge. Cette psychanalysante s’empresse alors de rejeter cette possibilité : « Moi je l’aime mon enfant, je n’ai aucune agressivité envers lui, aucune haine. Je ne lui veux que du bien. »



Pourtant, et malgré une attention envers son enfant non remise en cause, elle reconnaît elle-même que quelque chose s’exprime là d’un désir inconscient. En psychanalyse, la présence de ces actes manqués est traitée comme une invitation à ce que la haine, l’agressivité ou tout sentiment hostile puisse être parlé et associé librement au cours des séances. Cette invitation vise à ce que ceux-ci puissent être représentés de manière symbolique sous forme de parole et dans un cadre spécifique qu’est celui de la cure psychanalytique, de sorte qu’ils ne viennent pas se représenter ailleurs et sous une autre forme, en se produisant dans le quotidien.


Il faut parfois des années pour que les mouvements de haine et d’hostilité envers autrui puissent être supportés, parlés et associés librement en psychanalyse et ce d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un être aimé, particulièrement les enfants. Pourtant, la haine fait partie des sentiments humains et même s’il est jugé par le Moi comme étant désagréable, voire répréhensible, il fait partie de la palette de sentiments avec laquelle tout être humain a à composer. De ce fait, il est préférable de s’en approcher et de la traverser plutôt que de la refuser en la déniant car, chargée de libido, la poussée qui anime cette haine trouvera sinon une autre voie que celle des associations libres.


Ainsi, dire sa haine en séance, de sorte d’en limiter les expressions dans le quotidien, est l’une des propositions psychanalytiques. Bien entendu, cette expression n’enlève en rien le fait d’aimer son enfant. Mais aimer tout le temps est-il seulement possible lorsque cet amour est éprouvé par la colère, la frustration, l’incompréhension, les déconvenues, les privations, l’agacement, qui font partie de toute relation humaine et en particulier celle qui relie un parent à son enfant, qui plus est en bas âge ?



Si dire sa haine est un premier pas, associer librement cette haine en est un second et permet d’ouvrir le champ œdipien de sa propre enfance et la manière dont celui-ci fait retour à travers l’actuel de ce qui est vécu, depuis une autre position. En effet, cette acceptation de cette haine tout comme son expression mettent également face à la chute des idéaux construits dans l’enfance.



Cette haine peut aussi, dans certains cas, prendre la forme d’un symptôme corporel. C’est le cas d’une psychanalysante, qui évoque une identification à sa mère concernant un symptôme corporel qui rendait sa mère, lorsque la psychanalysante était enfant, indisponible pour s’occuper d’elle, ce qu’elle reproduit aujourd’hui avec son propre enfant avec le même symptôme. Reconnaître, dans sa propre situation vis-à-vis de son enfant, la dimension agressive et haineuse envers celui-ci et la conséquence qu’est celle d’en déléguer la responsabilité à quelqu’un d’autre, revient par ailleurs à reconnaître la dimension agressive et haineuse que pouvait comporter le comportement de sa mère à son égard lorsqu’elle était enfant. Ce constat peut alors être la source d’une blessure narcissique importante que tout un chacun n’est pas nécessairement prêt à considérer, ou tout du moins prêt à considérer d’emblée. Le travail réalisé en psychothérapie puis en psychanalyse permet toutefois de s’en approcher puis de la traverser. Lorsque c’est le cas, le symptôme n’ayant plus la fonction dont il était chargé, chute, devenu inutile.



Parler et associer librement sa haine en séance est par conséquent un indicateur que le travail avance et qu’il avance dans le bon sens.


Docteur Chloé Blachère

Psychothérapie et psychanalyse à Paris 18e