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De ce que j’en ai éprouvé, découvert, appris


« Faire comme, c’est faire semblant et le semblant engage le Moi, non l’être. C’est avec l’être sur la voie de l’Autre barré que le psychanalyste compte, car c’est sur cette voie que l’être peut devenir sujet, peut-être même devenir psychanalyste, si son désir est de la partie. La voie du Moi accouche d’un Moi fort, un Moi cerbère de ses propres organisations intramoïques, un Moi haineux, faible, envieux, un Moi serviteur d’un autrui. Cette voie est utilisée par les techniques de dressage et les faiseurs de miracles. » (1)

A l’aube du Le colloque du RPH – École de psychanalyse, j’aimerais articuler l’actuel de mon positionnement théorico-clinique avec celui de mon expérience personnelle. Qu’ai-je appris de mes différentes expériences chez des psychistes – je vais parler ici d’analyste et de psychanalyste – et pour quelle raison me suis-je tournée vers la psychanalyse, puis spécifiquement vers le RPH-École de psychanalyse ?


J’avance, avec en toile de fond les questions suivantes : à quoi sert de faire une psychanalyse ? À quoi sert la psychanalyse ?


Les débats qui ont eu lieu au Sénat fin 2025 concernant l’amendement 159 m’ont, à cet égard, conduits à la question suivante : est-ce que le soin de la souffrance d’un patient vise à faire taire celle-ci pour rassurer le soignant ayant en charge la thérapeutique et derrière lui la société tout entière ? Ou bien s’agit-il en premier lieu de l’accueillir et d’écouter sa souffrance, en faisant confiance au désir de cet être, déjà manifeste par le fait-même qu’il vient consulter ?



Un patient est veuf depuis un peu plus d’un an, après 40 ans de vie commune avec son épouse. Il entre en psychothérapie mu par la tristesse qu’il éprouve suite à la perte de cet être cher. Lors d’une consultation, il évoque, en réponse aux questions que lui pose son médecin généraliste, sa tristesse toujours présente et sa souffrance à vivre. Le médecin s’en inquiète et insiste pour prescrire des anti-dépresseurs, que le patient refuse, à plusieurs reprises devant l’insistance du médecin, et en dépit du fait que le patient dit traiter cette souffrance en psychothérapie. Une fois en séance, voici ce qu’il en dit : « Je vivais avec mon épouse depuis des décennies et au-delà de la douleur de la perte, c’est toute ma vie qui en est bousculée, et on voudrait mettre de l’emplâtre sur ça ? Ça ne règlerait rien. »


Cette considération nous renvoie à cette dimension psychique qu’Elsa Godard qualifie de « terriblement humaine » (2) ; cette dimension qui n’est pas psychiatrique et n’entre pas dans un protocole de soin où on chercherait à la réduire pour la faire taire, de sorte qu’elle ne dérange plus autrui, à savoir, ici, le soignant. En marge d’une injonction à l’efficacité, la pratique psychanalytique consiste donc d’abord à offrir et à garantir un cadre à ce que cette souffrance puisse être dite, c’est-à-dire parlée et associée librement, et non pas agie, sous forme de symptômes ou de passages à l’acte. Cela implique, du côté du clinicien, qu’il soit en mesure de supporter l’écoute de cette souffrance, sans se précipiter à agir dessus. Il y a une temporalité psychique à respecter, sans quoi, pour le patient ou le psychanalysant, tout élan à construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée (3) se trouve avorté par une volonté de forçage, dictée par le Moi (il peut s’agir du Moi du clinicien, du patient, de l’analysant, et même du psychanalysant). Et à ce propos, telle la mer qui rejette sur son bord les objets qu’elle charrie, voici ce qu’écrit Fernando de Amorim :


« L’inconscient ne tente pas de résoudre quoi que ce soit car il n’a pas d’intention. Celui qui essaye de résoudre, c’est le Moi conscient, tandis que la partie inconsciente du Moi veut retourner à la conscience. Ce qui a été refoulé veut retourner à la superficie, par la parole, par l’affect, par le corps, par l’organisme. Sans intention. » (4)


(1) Amorim (de), F. « Repenser la position du clinicien (XI) », in Brèves 2025, Paris, RPH Éditions, à paraître.

(2) Godart, E., Ramus, F. & Sciara, L. Psychanalyse : pourquoi certains veulent dérembourser tous les soins ?. Questions du soir : le débat. Radio France, 21 novembre 2025, 39’10 min.

(3) La formulation est celle du Dr de Amorim : Amorim (de), F. « La responsabilité », in Brèves 2025, Paris, RPH Éditions, à paraître.

(4) Amorim (de), F. « Repenser la position du clinicien (XII) », in Brèves 2025, Paris, RPH Éditions, à paraître.


La formation du psychanalyste : comment faire École ? (I)

La formation du psychanalyste : comment faire École ? (II)

La formation du psychanalyste : comment faire École ? (III)

La formation du psychanalyste : comment faire École ? (IV)

La formation du psychanalyste : comment faire École ? (V)


N.B. : le prochain colloque du RPH – École de psychanalyse portera sur la formation du psychanalyste : comment faire École ?


Docteur Chloé Blachère

Psychothérapie et psychanalyse à Paris 18è