De ce que j’en ai éprouvé, découvert, appris
Au contraire de mesurer la compétence d’un analyste à son nom, à l’étendue de ses seules connaissances, à son seul discours ou à ses fréquentations analytiques, tous ces fragments de cure valident le fait que « C’est le rapport de l’être à l’Autre barré qui indiquera, par son action clinique et son action au quotidien, si la psychanalyse a réussi à produire un sujet, ou non. » (1) Aussi, « ce n’est pas la faute du bateau si ce dernier échoue sur un banc de sable. Il ne faut pas repenser la psychanalyse mais la technique, la méthode ainsi que le savoir-y-faire de celui qui veut manier la barre du vaisseau. » (2) J’avais été marqué, à ce propos, par une remarque que m’avais faite celui qui, à une époque, m’enseignait le piano : « Il n’y a pas de mauvais pianos, il n’y a que des mauvais pianistes. » Et en effet, j’avais pu mesurer à maintes reprises que si la qualité du son n’était pas égale d’un instrument à l’autre, la manière dont un bon pianiste parvenait à faire sonner un instrument était sans commune mesure avec celle d’un mauvais pianiste ou d’un pianiste médiocre. Ça n’est pas la psychanalyse qui est à remettre en cause, comme ça n’est pas la musique qui est à remettre en cause, mais celui qui fait usage de l’un ou de l’autre et ce avec quoi il s’y emploie ainsi que la manière avec laquelle il s’y emploie.
« Faire école » existe en qualité de locution verbale. Cela signifie, « En parlant d’une idée, d’une théorie, d’un courant de pensée, se répandre, être repris de génération en génération. De même en parlant d’un théoricien, d’un penseur. » (3) Comment faire École ? Nous pouvons à présent identifier, à la lumière des éléments développés plus haut, quelques pistes de réponse. Faire École se construit à travers la pluralité des voix qui la constituent et œuvrent, de concert, à une transmission commune. C’est faire École à partir d’une pratique clinique remise en jeu quotidiennement et ce, notamment, par le fait que chacun continue sa cure personnelle et par le fait que la passe externe telle qu’elle a été mise en place par Amorim veille à éviter toute forme d’entre-soi. Il y a dans l’un comme dans l’autre toujours l’introduction d’un tiers, depuis l’exercice clinique de chaque clinicien, avec les supervisions et contrôles, jusque dans le fonctionnement même de l’École, par la participation d’analystes d’autres écoles au moment d’une passe externe (4).
Je terminerai avec cette remarque : la question posée dans le titre de ce colloque, « La formation du psychanalyste : comment faire École ? », fait écho à une situation singulière vécue récemment au sein du RPH – École de psychanalyse (5), qui m’a conduite à poser les questions suivantes : faire École, est-ce faire École autour de quelqu’un ? Est-ce nécessairement faire École autour d’une personne qui assume la responsabilité de la transmission, clinique et théorique, de la psychanalyse ? Est-il possible de faire École sans une figure qui la représente et qui porte, avec son désir, celui de former et transmettre ? L’expérience de la cure est une part de la transmission mais en ce qui concerne la formation, on ne s’improvise pas à occuper cette position. Cela implique un certain transfert, c’est-à-dire la reconnaissance d’une autorité, au moins par quelques autres, chez la personne qui incarne cette transmission d’un savoir et d’un savoir y faire. Et il y a quoi qu’il en soit un temps irréductible de maturation qui, s’il est écourté par empressement, brouille le travail de transmission dans la clinique et de la clinique.
Aussi pouvons-nous conclure en ces termes : si une école naît du désir d’un être, Faire École naît d’autres désirs en ce que ce qui s’y véhicule est transmis de génération de cliniciens en génération de cliniciens. Ainsi dans cette perspective, faire École ne se sait que dans un après-coup, parce que l’œuvre – fruit du désir d’un être – subsiste à son Moi, en ce que ce qui la constitue continue de faire référence tout en étant réévalué et ajusté. C’est là la dimension de recherche inhérente au fait de faire École et qui est, en ce sens, éminemment scientifique.
(1) Amorim (de), F. « Repenser la position du clinicien (XII) », in Brèves 2025, Paris, RPH Éditions, à paraître.
(2) Ibid.
(3) La langue française, entrée « faire école », consulté le 20 janvier 2026, https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/faire-ecole
(4) Amorim (de), F. (Dir.). « La formation du psychanalyste » in Manuel de psychanalyse, Paris, RPH Éditions, 2021, pp. 32-3.
(5) Je fais référence ici à la réunion clinique ayant eu lieu le mardi 13 janvier 2026.
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (I)
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (II)
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (III)
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (IV)
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (V)
N.B. : le prochain colloque du RPH – École de psychanalyse portera sur la formation du psychanalyste : comment faire École ?
Docteur Chloé Blachère
Psychothérapie et psychanalyse à Paris 18è
