Prendre rendez-vous en ligneDoctolib

De ce que j’en ai éprouvé, découvert, appris


Dans cette même période, j’avais réussi à m’organiser avec l’université dans laquelle alors j’étudiais pour mettre en place un double Master professionnel et de recherche, auquel j’avais finalement préféré la parole de l’analyste qui, lorsque j’avais évoqué ce projet, s’était empressé de le décourager : « Qu’est-ce que vous allez faire avec ça ? Il n’y a pas de débouchés en recherche, vous allez perdre votre temps. » C’est ainsi que j’entends aujourd’hui ces paroles : le Moi du clinicien tend à s’imposer dans les cures en édictant ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas. Cela se fait à travers le filtre de la propre expérience dudit clinicien. C’est précisément ce dont vise à préserver patients et psychanalysants l’indication freudienne, reprise depuis par Amorim, à savoir que la cure du clinicien soit sans fin tant que celui-ci exerce une activité clinique (1) :


« l’indication freudienne invitant le clinicien à continuer sa psychanalyse est une excellente proposition de thérapeutique et de prévention de la santé du psychiste, ainsi que de l’analyste. Le psychanalyste, quant à lui, sait déjà qu’il se doit de continuer sa psychanalyse personnelle pour ne pas risquer de retourner dans l’embouchure analytique. » (2)


Indication indispensable, donc, à qui exerce cliniquement, mais pas suffisante pour exercer. Cela, je l’apprenais en éprouvant l’intensité du transfert lorsque j’ouvris mon cabinet en ville. Cette nouvelle expérience clinique m’enseignait en quoi le transfert en institution – celui que je connaissais jusqu’alors – était dilué, pris parmi d’autres transferts, eux-mêmes pris dans le cadre d’une institution. Le poids de la responsabilité clinique qui m’incombait dans ma consultation en ville me faisait être à un carrefour que je n’avais pas anticipé à ce point mais que je percevais désormais nettement : ou bien je rejoignais une école en l’investissant comme support d’un apprentissage clinique et théorique et comme un élément éthique indispensable à mon exercice clinique, ou bien je me contentais de mes acquis en allant glaner ici et là des outils auxquels recourir, mais en assumant dans ce cas l’incidence clinique que ne manquerait pas de générer une telle posture.


Faire École, j’ai donc appris, d’abord en l’expérimentant en tant que patiente puis psychanalysante, que cela passe par le fait que le clinicien se réfère à des techniques qui elles-mêmes répondent à une logique et sont le fruit d’une théorisation issue de la clinique ; qui ont été validées et partagées avec d’autres et peuvent à tout instant être actualisées. Il est dès lors de la responsabilité du clinicien d’en faire usage à chaque fois qu’une situation clinique l’exige. Faire École a aussi fonction, par les dispositifs qui s’y déploient – supervisions, contrôles, groupes d’études, séminaires, réunions de travail, etc. – de garde-fou, en protégeant patients et psychanalysants du Moi du clinicien chez qui ils se rendent.


(1) Freud, S. (1910). « Les chances d’avenir de la thérapie psychanalytique », in Œuvres Complètes, Vol. X, Paris PUF, 1993, p. 67.  

(2) Amorim (de), F. « Repenser la position du clinicien (XII) », in Brèves 2025, Paris, RPH Éditions, à paraître.


La formation du psychanalyste : comment faire École ? (I)

La formation du psychanalyste : comment faire École ? (II)

La formation du psychanalyste : comment faire École ? (III)

La formation du psychanalyste : comment faire École ? (IV)

La formation du psychanalyste : comment faire École ? (V)


N.B. : le prochain colloque du RPH – École de psychanalyse portera sur la formation du psychanalyste : comment faire École ?



Docteur Chloé Blachère

Psychothérapie et psychanalyse à Paris 18è