De ce que j’en ai éprouvé, découvert, appris
L’intention avec laquelle le Moi peut s’inviter dans le travail contamine autant le champ clinique que celui de la recherche. En effet, nous l’avons vu, l’instance qui cherche à résoudre ce qui lui échappe, c’est le Moi. Or, « Quand il n’y arrive pas, il invente. C’est avec cette logique que dansent, grossièrement, parfois grotesquement, les psys. Les analystes dansent, mais ils dansent sur le rythme d’une valse quand le rythme de l’inconscient endiablé et structuré comme un langage est caraïbéen. » (1) Concernant le champ de la recherche, la même logique est observable, champ au sein duquel la psychanalyse occupe une place particulière dans la mesure où :
« Celui qui fait science en psychanalyse, c’est le psychanalysant à l’œuvre, c’est le sujet en action. Celui qui fait science en biologie, c’est la souris ; mais comme elle ne sait pas témoigner des résultats, c’est le scientifique qui interprète. Celui qui fait science en physique, c’est l’électron ; mais comme il ne parle pas, c’est aussi l’interprétation du Moi du scientifique qui apporte le résultat de l’action de son Moi sur le Réel. » (2)
Je prends le psychanalyste auteur de ces lignes au mot et me lance à présent dans une lecture, qui est mon interprétation, de diverses expériences analytiques, psychanalytiques et cliniques, que j’ai eu l’occasion de faire au cours des dernières décennies. Ma formation à la psychanalyse étant étroitement liée à ma souffrance et à mon désir de savoir, mon propos s’articule à partir de ces différentes positions que j’ai occupées et que j’occupe – patiente, clinicienne et psychanalysante.
De ma formation universitaire initiale tout d’abord, je peux dire qu’elle ne m’a pas enseigné un métier. J’étais à l’époque en cure chez un analyste d’une école freudo-lacanienne. Je me souviens de mon angoisse croissante, à mesure que ma formation progressait, à l’idée de me retrouver avec la responsabilité de conduire des cures alors que je n’avais été formée à aucun outil concret pour être en mesure de le faire et que je ne disposais d’aucuns repères cliniques solides, seulement quelques fragments théoriques éparses.
Je me souviens alors, à cette époque, avoir plusieurs fois exprimé en séance mon désir de rejoindre l’école à laquelle l’analyste chez qui je me rendais était affilié, expression qui toujours était repoussée et remise par lui à plus tard : « oui, on en reparlera », ce qui de fait n’arrivait jamais. Il ne s’agissait ni d’un non ni d’un oui. Ce flou dans la réponse concernant ma formation, je le retrouvais également dans ma cure, à l’image de cette fois où, en colère, j’avais souhaité y mettre fin, ce que l’analyste avait alors ponctué d’un : « eh bien pourquoi pas, on en reparlera si dans quelques mois l’idée persiste », diluant les désirs qui s’exprimaient là, qu’ils soient d’ailleurs désirs de construction ou de destruction. Pas entendue, tout juste écoutée, je répétais sans le savoir à l’époque l’expérience-même qui m’avait conduite à aller rencontrer un analyste, celle d’une souffrance à ce que ma parole n’ait pas de valeur. Et de fait, même dans ma cure, je faisais l’expérience que ma parole ne produisait pas d’effets.
(1) Amorim (de), F. « Repenser la position du clinicien (XII) », in Brèves 2025, Paris, RPH Éditions, à paraître.
(2) Amorim (de), F. « Repenser la position du clinicien (XI) », in Brèves 2025, Paris, RPH Éditions, à paraître.
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (I)
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (II)
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (III)
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (IV)
La formation du psychanalyste : comment faire École ? (V)
N.B. : le prochain colloque du RPH – École de psychanalyse portera sur la formation du psychanalyste : comment faire École ?
Docteur Chloé Blachère
Psychothérapie et psychanalyse à Paris 18è
